Le Géoportail s’entrouvre

Le sacrifice d'iphigénie sur l'autel de l'iPhone

Cela fait des années maintenant que l’IGN et la DGME (Direction Générale de la Modernisation de l’État) ont mis en ligne le Géoportail, mais il faut bien reconnaître que le site est à la traîne par rapport à son grand concurrent direct Google. 

Un article lu dans la revue Géomatique Expert du mois de juillet donne des éléments de réponses expliquant ce retard et met le doigt sur ce qui me semble être une erreur grossière des services de l’état concernant la mise à disposition des données géographiques publiques. Le Géoportail porte effectivement très bien son nom, car si on voit bien la richesse du contenu de la plateforme, l’accès y est beaucoup trop restreint. Prière de rester à la porte si vous ne passez pas à la caisse. L’autre erreur à mon avis est d’avoir trop tardé à mettre à disposition des développeurs une API digne de ce nom permettant d’intégrer la visualisation de cartes et l’accès aux données depuis d’autres sites. C’est là, la grosse différence avec Google qui a choisi l’ouverture et la gratuité des accès pour conquérir le monde ! Résultat, la plupart des sites français qui présentent une carte dynamique utilisent l’API de Google.  

La contre-offensive récente de l’IGN est une nouvelle API et le partenariat avec des sociétés éditant des solutions utilisant cette interface de programmation permettant d’avoir accès au fond IGN. Fan de randonnées, j’ai d’ailleurs pu tester ce week-end sur mon iPhone la nouvelle application iPhigéNie qui utilise cette API. Cette application permet d’avoir sur son téléphone toutes les cartes de randonnées au 25 millième avec positionnement GPS et tracés des randonnées (GR, PR, …), elle est très fluide et même en forêt grâce au réseau j’ai pu naviguer sans problème sur les cartes en cache. Bref que du bonheur, mais quoi ? Horreur ! L’application n’est gratuite qu’un mois, il faudra ensuite débourser 13,99€/an pour en profiter et sans même pouvoir disposer des fonctions avancées Autant dire que le randonneur occasionnel que je suis, va désinstaller cette application après un mois d’utilisation.

Apparemment, la notion de service public n’est toujours pas bien intégrée chez nos amis de l’IGN. Leur contenu et la qualité de leurs compétences sont sans aucun doute d’un très haut niveau, mais du fait de leur stratégie commerciale lamentable, leur utilité réelle pour le grand public est très limitée. Il se peut fort bien que le public internaute continuera inexorablement à les ignorer. 

 Iphigénie, un nom décidément encore bien trouvé par les markéteux, va bel et bien une nouvelle fois être sacrifiée !

Les mobiles savent flasher

Optical data recognition de JA_FS

Je viens de tomber sur une publication très intéressante parue dans la revue « Computers and Electronics in Agriculture« , dont le texte complet m’a gentiment été transmis par son auteur portugais Raul Morais dos Santos. Il s’agit d’une synthèse de travaux expérimentant l’utilisation de téléphones mobiles permettant la récupération et la transmission d’information en direct du champ à partir de « tags » préalablement installés sur des parcelles de vigne. Les tags sont des étiquettes qui peuvent être des simples codes barre en 1 dimension (les EAN 13 que vous retrouvez classiquement sur tous les emballages de produits manufacturés), ou de codes en 2D (flash code ou QR Code), ou encore des puces RFID voire des coordonnées GPS.

Le mobile va « flasher » le code qui est en fait une étiquette placée sur une parcelle, c’est à dire qu’il va prendre une photo puis décoder l’étiquette et transmettre via Internet les informations contenues dans le code sur un serveur qui va à son tour renvoyer toute une série d’informations sur le téléphone. Les informations renvoyées peuvent concerner la vie de la parcelle (date de plantation, opérations culturales, rappel des dernières observations,…) ou des informations annexes et utiles au viticulteur (données météo de la station la plus proche, …). L’utilisateur peut aussi transmettre des observations directement depuis son téléphone, qui seront stockées sur le serveur et disponibles plus tard.

La différence entre un code à 1 dimension et un code 2D est que le code 2D va pouvoir stocker beaucoup plus d’information. Un flashcode ou un QR Code (deux normes de codes 2D différentes) peuvent stocker toute une série d’informations statiques liées à la parcelle qui peuvent être lues avec un lecteur intégré au mobile sans besoin de se connecter. Le Code 2D peut aussi contenir une URL, c’est à dire l’adresse d’une page Web à ouvrir, pour recueillir des informations complémentaires hébergées sur un serveur. Les codes 2D tendent à se développer, on commence à en trouver sur certains emballages. Celà permet notamment d’y stocker beaucoup d’informations relatives à la traçabilité des produits. Je suis d’ailleur en train de tester une application disponible sur iPhone développée par la société QuikMark qui a développé depuis peu un système de traçabilité agro-alimentaire à Taiwan, basé sur cette technologie. D’après le site chacun peut, grâce à cette application,  générer soi même des codes barres. C’est effectivement vrai puisque j’ai très simplement pu générer le code 2D permettant d’accéder à ce blog. Vous pouvez le tester en utilisant un lecteur de flashcode. Avec QuikMark pour iphone cela fonctionne très bien.

le code 2D de http://www.ageekculture.com

Dans le cadre de l’étude dont je vous parlais au début de cet article, l’originalité est d’avoir couplé ce système de géoréférencement à l’utilisation d’outils d’aide à la décision permettant aux agriculteurs de disposer d’informations pertinentes leur permettant d’adapter leur conduite de culture et de tracer leurs observations. J’imagine là une voie nouvelle permettant de diffuser des outils facile à prendre en main par les agriculteurs et n’impliquant pas pour eux un investissement matériel (l’usage des mobiles est plus que généralisé, reste à développer les réseaux de type 3G dans les campagnes).

A noter que la viticulture semble bien avancer sur cette technologie, puisqu’en regardant rapidement sur Internet j’ai trouvé une entreprise française qui propose déjà aux viticulteurs d’intégrer un flashcode sur leurs bouteilles pour permettre aux consommateurs de trouver des informations complémentaires à l’étiquetage traditionnel.